L’équilibre des forces : une quête d’harmonie
En contemplant les œuvres exposées ici ou sur bern.fr, je m’interroge parfois sur leur nature profonde à travers un prisme classique : sont-elles plutôt « apolliniennes » ou « dionysiaques » ?
Ces deux concepts, hérités de Nietzsche, sont des outils d’analyse stimulants pour mettre des mots sur l’esthétique. Si j’emprunte volontiers ces clés de lecture pour décrypter les tensions de l’Op’art, je garde une distance personnelle avec les conclusions globales de sa philosophie ; c’est la recherche de la beauté et de l’équilibre qui guide ma main.
📏 L’Apollinien : La rigueur de la structure
Ma démarche commence par une exigence de clarté et de mesure. Ma méthode repose sur une rigueur absolue dans la structuration de mes permutations colorées.
Je me concentre sur la construction d’un double mouvement vers un équilibre parfait des forces positives et négatives, entre les valeurs et les complémentaires. C’est un travail de composition pur, où chaque couleur et chaque forme trouvent leur juste place dans une architecture de l’image.
🌀 Le Dionysiaque : L’émergence du mouvement
C’est dans cet accomplissement que l’œuvre prend sa propre vie. Ce que l’on appelle le côté « dionysiaque » — cette sensation de vibration et de mouvement pur — est une manifestation spontanée de cette rigueur structurelle.
Mon intention créative se consacre exclusivement à la beauté et à la cohérence de l’œuvre. C’est précisément la justesse de cet équilibre qui libère, de manière presque involontaire, une dynamique interne. La fixité s’efface derrière une vibration fluide qui semble sortir du cadre, témoignant de la vitalité propre à la couleur et à la forme.
Ma conclusion d’artiste
Mes œuvres sont des paradoxes silencieux. Elles reposent sur un langage formel extrêmement strict (apollinien) qui finit par générer, par sa propre force, une expérience de fluidité et de vertige sensoriel (dionysiaque).
C’est cette tension entre la géométrie immobile de la création et la respiration mouvante qu’elle dégage qui définit, pour moi, la réussite esthétique du tableau.
