Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, un nu académique ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées.
Isselbern : Examen de la Couleur et de la Forme en Peinture
Pour Isselbern, la démarche créatrice du peintre passe par l’observation et l’analyse. L’objectif n’est pas seulement de créer, mais de comprendre le monde par les couleurs et, inversement, de décortiquer les couleurs du monde pour les maîtriser. Ce processus repose sur une réflexion structurée sur la couleur et la composition formelle.
La Maîtrise de la Couleur : Théorie et Pigments
La base de l’approche commence par l’examen à la loupe des images imprimées et l’étude des pigments pour comprendre la composition d’une couleur. Cette étape mène à l’expérimentation des mélanges à partir des couleurs disponibles dans le commerce.
Ses écrits offrent une méthode rigoureuse pour ordonner le cercle chromatique et ses harmonies. Néanmoins, le peintre doit d’abord s’éloigner de cette théorie pour expérimenter la liberté sur la toile, puis y revenir plus tard afin d’en intégrer véritablement la structure. Les autres théories (notamment celles d’ordre purement physique) peuvent éclairer, mais restent difficilement exploitables directement par le peintre.
Un défi technique demeure : le cercle d’Itten, basé sur les primaires idéales, est impossible à réaliser tel quel. Aucun rouge, aucun bleu, aucun jaune disponible dans le commerce ne peuvent suffire à générer les 12 couleurs parfaites du cercle. Le peintre est donc en quête d’une gamme bien tempérée – une sélection de couleurs efficaces.
La Composition Chromatique et Formelle
Le paysage et sa perspective atmosphérique constituent un champ d’étude essentiel. Le peintre se réfère aux travaux de penseurs de la couleur comme Goethe (le traité des couleurs), Kandinsky, Klee, Chevreul, pour leur approche de la perception, en extrayant les principes utiles à sa pratique. La technique finale reste l’affaire du peintre.
Le cercle chromatique représente une gamme, dont les valeurs de gris tempèrent l’intensité, à l’image des touches noires et blanches d’un piano. Les possibilités d’accords de couleurs sont multiples. Il est souvent observé que moins il y a de couleur dans un tableau, plus il est coloré en termes d’effet visuel, car un spectre trop large et criard ne suffit pas à charmer la sensibilité.
Concernant la forme :
Les formes élémentaires, les polygones et les polyèdres, servent de base formelle à la construction.
Les formes de plantes (organiques) constituent le répertoire des formes complexes issues de l’observation de la nature.
Le tableau est conçu comme une entité autonome et structurée. Les bords délimitent le champ, ne laissant passer que l’essentiel pour la cohérence interne de l’œuvre.
Le choix se porte généralement sur une composition binaire (forme évoluant sur un fond), car ce système est plus simple à organiser qu’une structure multidimensionnelle.
Le Processus d’Exécution
L’exécution repose sur la progression colorée, où la même couleur peut évoluer selon trois axes :
Par la valeur : Elle passe du négatif au positif (clair-foncé).
Par le chroma : Elle suit un chemin spécifique d’une couleur à l’autre dans le cercle.
La surface et la répartition des proportions entre le fond et les formes peuvent être établies par des ratios géométriques (diagonales des côtés du polygone, ou périmètre des formes arrondies).
Finalement, par la souplesse et la rapidité permises par le travail sur ordinateur, l’œuvre se concrétise. La vitesse d’exécution dépend de l’inspiration et du jugement du peintre. C’est ce jugement qui décide du moment où le travail est achevé, où il faut « arrêter les frais », signer et mettre l’œuvre en galerie après s’être assuré d’un maximum de soins et de précision.